Joined September 2025
©️ Gérard DuBois
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Vincent fournit une clef de lecture essentielle pour comprendre une certaine ligne éditoriale adoptée par de nombreux médias de la droitosphère. Emission qui commence en revue d'actu politique pépère pour finir en une succession ininterrompue de bombes de vérité. A voir.
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« On a tendance à ne voir les fruits de l’œuvre de René Guénon qu'à travers les écrits de ceux qui, à tort ou à raison, se réclament d'elle et estiment lui être fidèles. On oublie trop souvent que ces écrivains ne sont qu'une petite minorité "active" et qu'il existe partout dans le monde des êtres dont la destinée a été radicalement changée grâce au contact de cette oeuvre. Il n'est pas exclu que la qualité spirituelle de certains de ces êtres en "retrait" soit supérieure à celle de certains autres qui sont sur "le devant de la scène". » Max Giraud
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Replying to @MLemauditreal
Votre essai m'a rappelé cette anecdote : youtu.be/ZdS3skp_MyI
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Cette perversion de la stabilité politique comme un néant plutôt que comme une unité découle d'un égarement mathématique de l'équilibre des forces (f-f'=0 a remplacé nn'=1), que René Guénon rectifie dans « Principes du Calcul infinitésimal » (1946) : « On représente habituellement deux forces qui se font équilibre par deux « vecteurs » opposés, c’est-à-dire par deux segments de droite d’égale longueur, mais dirigés en sens contraires : si deux forces appliquées en un même point ont la même intensité et la même direction, mais en sens contraires, elles se font équilibre ; comme elles sont alors sans action sur leur point d’application, on dit même communément qu’elles se détruisent, sans prendre garde que, si l’on supprime l’une de ces forces, l’autre agit aussitôt, ce qui prouve qu’elle n’était nullement détruite en réalité. On caractérise les forces par des coefficients numériques proportionnels à leurs intensités respectives, et deux forces de sens contraires sont affectées de coefficients de signes différents, l’un positif et l’autre négatif : l’un étant f, l’autre sera -f’. Dans le cas que nous venons de considérer, les deux forces ayant la même intensité, les coefficients qui les caractérisent doivent être égaux « en valeur absolue », et l’on a f = f’, d’où l’on déduit, comme condition de l’équilibre, f - f’ = 0, c’est-à-dire que la somme algébrique des deux forces, ou des deux « vecteurs » qui les représentent, est nulle, de telle sorte que l’équilibre est ainsi défini par zéro. Les mathématiciens ayant d’ailleurs, ainsi que nous l’avons déjà dit plus haut, le tort de regarder le zéro comme une sorte de symbole du néant, comme si le néant pouvait être symbolisé par quoi que ce soit, il semble résulter de là que l’équilibre est l’état de non-existence, ce qui est une conséquence assez singulière ; c’est même sans doute pour cette raison que, au lieu de dire que deux forces qui se font équilibre se neutralisent, ce qui serait exact, on dit qu’elles se détruisent, ce qui est contraire à la réalité, ainsi que nous venons de le faire voir par une remarque des plus simples.      La véritable notion de l’équilibre est tout autre que celle-là : pour la comprendre, il suffit de remarquer que toutes les forces naturelles, et non pas seulement les forces mécaniques, qui, redisons-le encore, n’en sont rien de plus qu’un cas très particulier, mais les forces de l’ordre subtil aussi bien que celles de l’ordre corporel, sont ou attractives ou répulsives ; les premières peuvent être considérées comme forces compressées ou de contraction, les secondes comme forces expansives ou de dilatation ; et, au fond, ce n’est pas là autre chose qu’une expression, dans ce domaine, de la dualité cosmique fondamentale elle-même. Il est facile de comprendre que, dans un milieu primitivement homogène, à toute compression se produisant en un point correspondra nécessairement en un autre point une expansion équivalente, et inversement, de sorte qu’on devra toujours envisager corrélativement deux centres de forces dont l’un ne peut pas exister sans l’autre ; c’est là ce qu’on peut appeler la loi de la polarité, qui est, sous des formes diverses, applicable à tous les phénomènes naturels, parce qu’elle dérive, elle aussi, de la dualité des principes mêmes qui président à toute manifestation ; cette loi, dans le domaine spécial dont s’occupent les physiciens, est surtout évidente dans les phénomènes électriques et magnétiques, mais elle ne se limite aucunement à ceux-là. Si maintenant deux forces, l’une compressive et l’autre expansive, agissent sur un même point, la condition pour qu’elles se fassent équilibre ou se neutralisent, c’est-à-dire pour qu’en ce point il ne se produise ni contraction ni dilatation, est que les intensités de ces deux forces soient équivalentes ; nous ne disons pas égales, puisque ces forces sont d’espèces différentes, et que d’ailleurs il s’agit bien en cela d’une différence réellement qualitative et non pas simplement quantitative. On peut caractériser les forces par des coefficients proportionnels à la contraction ou à la dilatation qu’elles produisent, de telle sorte que, si l’on envisage une force compressive et une force expansive, la première sera affectée d’un coefficient n > 1, et la seconde d’un coefficient n’ < 1 ; chacun de ces coefficients peut être le rapport de la densité que prend le milieu ambiant au point considéré, sous l’action de la force correspondante, à la densité primitive de ce même milieu, supposé homogène à cet égard lorsqu’il ne subit l’action d’aucune force, en vertu d’une simple application du principe de raison suffisante. Lorsqu’il ne se produit ni compression ni dilatation, ce rapport est forcément égal à l’unité, puisque la densité du milieu n’est pas modifiée ; pour que deux forces agissant en un point se fassent équilibre, il faut donc que leur résultante ait pour coefficient l’unité. Il est facile de voir que le coefficient de cette résultante est le produit, et non plus la somme comme dans la conception ordinaire, des coefficients des deux forces considérées ; ces deux coefficients n et n’ devront donc être deux nombres inverses l’un de l’autre : n’ = 1/n, et l’on aura, comme condition de l’équilibre, nn’ = 1 ; ainsi, l’équilibre sera défini, non plus par le zéro, mais par l’unité.      On voit que cette définition de l’équilibre par l’unité, qui est la seule réelle, correspond au fait que l’unité occupe le milieu dans la suite doublement indéfinie des nombres entiers et de leurs inverses, tandis que cette place centrale est en quelque sorte usurpée par le zéro dans la suite artificielle des nombres positifs et négatifs. Bien loin d’être l’état de non-existence, l’équilibre est au contraire l’existence envisagée en elle-même, indépendamment de ses manifestations secondaires et multiples ; il est d’ailleurs bien entendu que ce n’est point le Non-Être, au sens métaphysique de ce mot, car l’existence, même dans cet état primordial et indifférencié, n’est encore que le point de départ de toutes les manifestations différenciées, comme l’unité est le point de départ de toute la multiplicité des nombres. Cette unité, telle que nous venons de la considérer, et dans laquelle réside l’équilibre, est ce que la tradition extrême-orientale appelle l’« Invariable Milieu » ; et suivant cette même tradition, cet équilibre ou cette harmonie est, au centre de chaque état et de chaque modalité de l’être, le reflet de l’« Activité du Ciel ».
✍️ Pourquoi et comment vivons-nous dans une société sociopathe ? 🔴 Première partie où on dialogue sur : - le meurtre de Philippine - la neutralité axiologique - l'Étranger de Camus - l'érotomanie - Ted Bundy - la gauche et la droite ⬇️⬇️⬇️⬇️⬇️ notessurlnigmeoccidentale.su…
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Très bon article.
✍️ Pourquoi et comment vivons-nous dans une société sociopathe ? 🔴 Première partie où on dialogue sur : - le meurtre de Philippine - la neutralité axiologique - l'Étranger de Camus - l'érotomanie - Ted Bundy - la gauche et la droite ⬇️⬇️⬇️⬇️⬇️ notessurlnigmeoccidentale.su…
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Le clivage droite/gauche est de gauche.
This midwit definition of leftism has done more to keep the left in power than anything. There is no way to classify leftism by policy. Leftist parties have supported: free trade, free speech, individualism of every kind, even pro-white “racism” (see the Rand Revolt in SA)
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Il existe une règle immémorielle : on peut dire du bien de ses ennemis par ruse, mais on ne peut pas dire du mal de ses amis devant ses ennemis.
Je condamne avec la plus grande fermeté les agressions commises aujourd'hui à Nice par des militants d'ultradroite contre les manifestants du cortège pacifique ! Rien ne peut justifier de tels actes, et leurs auteurs devront en répondre devant la justice, comme les nervis d’extrême-gauche ! L'ordre doit régner dans la rue, pour assurer la sécurité de tous.
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Dans le silence étincelant de la nuit polaire, Deux ombres fidèles tracent leur chemin, Guidées par la lune, reine de lumière, Sur le grand désert blanc du destin.
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Je suis aussi suivi par ce compte. Les lecteurs d'Etienne Gilson sont donc aussi dans le viseur du régime de Macron. Nous ne nous tairons pas et nous continuerons à soutenir le primat de l'acte d'être sur l'essence quoi qu'il puisse nous en coûter.
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L'État va profiter des émeutes pour exproprier ces affranchis comme il profite d'un attentat pour interdire une orga nationaliste.
🔵 Exclusif | Le plateau de Millevaches, cette «base arrière» de l’ultragauche qui inquiète les renseignements Rendu célèbre en 2008 par l’affaire dite de Tarnac, ce lieu hautement symbolique est aujourd'hui de nouveau pointé du doigt après l'incendie de la mairie de Limoges ➡️ l.leparisien.fr/fq5a
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Ne me demandez pas pourquoi j'avais fait cette image
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« Eh, toi, salope, la table de deux, viens là deux minutes »
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LE LIBÉRALISME : PÉRIL - Claude Polin, 1984 Résumé IA chapitre par chapitre PREMIÈRE PARTIE : IL ÉTAIT UNE FOIS LA LIBERTÉ… (Petite histoire de l'idée de liberté) Chapitre I. La liberté des anciens 1. La liberté des Grecs Les Grecs croient en un ordre du monde naturel, bon, harmonieux et intelligible (le cosmos). La liberté classique consiste à actualiser ce que l'on est en puissance, à accomplir sa nature : « la liberté selon la tradition païenne, c'est, en profondeur, la nécessité comprise parce qu'elle est raison ». La responsabilité n'y suppose pas la liberté : le criminel est victime du destin ou de l'aveuglement, mais doit être châtié pour rétablir l'ordre troublé. Deux libertés : intérieure (maîtrise de soi, se libérer des passions — l'esclave peut être plus libre que le tyran) et collective/politique (ne subir aucun joug étranger ; la cité libre, à taille humaine). L'homme est naturellement sociable ; la cité est une partie organique de l'ordre général. 2. La liberté des chrétiens Le christianisme met la liberté au centre (création, homme à l'image de Dieu), mais elle est qualité ontologique et morale : responsabilité, dignité, « croix » d'être libre. Elle n'est pourtant pas la liberté moderne : elle est don d'amour, faite pour participer volontairement à l'œuvre divine ; elle s'accomplit dans l'amour de Dieu et des hommes (charité). Elle reste intérieure (ascèse, lutte contre le « vieil homme ») et sociable (aimer Dieu, c'est aimer les hommes) ; elle est soumission à l'ordre voulu par Dieu, mais le salut est ouvert à tous par l'amour. Note sur Luther : la prédestination protestante contribue involontairement à accréditer la liberté d'indifférence (l'homme abandonné à soi, sa liberté devenant licence) ; le libre examen fait de chaque homme un juge de la parole de Dieu, germe de l'orgueil métaphysique moderne. Chapitre II. Dieu est mort, vive la liberté, ou le libéralisme intellectuel Généalogie de la liberté de pensée moderne : querelle des universaux → nominalisme (Occam : liberté d'indifférence, loi imposée arbitrairement par Dieu, l'homme doué d'une égale puissance d'arbitraire) → science expérimentale (le monde n'a plus de fins mais seulement des causes ; vérité provisoire et partielle ; Hume : « n'importe quoi peut produire n'importe quoi ») → Réforme (libre examen, l'homme corrompu et prédestiné, sa liberté devenant licence) → tolérance (Locke : for interne vs place publique ; en réalité scepticisme puis athéisme latents). Bilan : la liberté moderne de l'esprit est ubris/orgueil. L'homme n'a plus d'ordre où s'insérer ; il est laissé à soi, prend pour fins ce qu'il veut, se croit ontologiquement infaillible et parfait, s'arroge le droit de juger de tout (« chacun a sa vérité »). Conséquences : l'homme comme pure indétermination ; la raison ravalée au rang d'entendement calculateur au service des désirs ; la liberté assimilée à la licence ; disparition du sens de l'intériorité ; primat de l'agir sur le connaître ; l'univers rendu responsable des malheurs de l'homme ; la liberté devient maîtrise de la nature et indépendance à l'égard d'autrui (donc domination ou égalité radicale). Chapitre III. Enrichissez-vous, ou le libéralisme économique L'expansion économique de la fin du Moyen Âge ne consiste pas d'abord dans la multiplication des marchands, mais dans la levée des barrières (Église, coutumes, princes) : triple émancipation. Révolution métaphysique : le développement suppose qu'on tienne la multiplication des biens pour souhaitable ; or on ne vend qu'à qui peut acheter → il faut créer des besoins nouveaux, effacer la distinction des « vrais » et des « faux » besoins, faire de l'économie une fin en soi → sociétés qui ne croient plus en Dieu. Révolution morale : l'acte économique est calcul des moyens les plus efficaces et les moins coûteux → aucune fin ne peut plus être absolue → antinomie entre rationalité économique (impératifs hypothétiques) et raison morale (impératifs catégoriques). Nouvelle conception de la liberté : capacité de choisir n'importe quelle fin (indétermination) ; la liberté devient fin en soi ; l'argent est son expression matérielle (moyen du plus grand nombre de fins) ; l'enrichissement devient fin en soi. Le choix entre fins se fait par facilité et agrément → hédonisme ; obéissance au sentiment individuel. L'homme ne cherche plus à dominer ses désirs mais à les satisfaire ; son malheur vient du monde extérieur → la liberté est « n'être pas empêché », maîtrise de la nature, indépendance à l'égard d'autrui (propriété, vie privée, égalité, puissance, science). La liberté enferme l'individu en soi, métaphysiquement solitaire ; « pour être libre, le mieux est d'être seul ». Chapitre IV. Vive la république, ou le libéralisme politique Courant souterrain du XIII<sup>e</sup> au XVII<sup>e</sup> siècle (Marsile de Padoue, La Boétie, Bodin, monarchomaques, More, puritains) → émergence de l'état de nature au XVII<sup>e</sup>. L'homme de l'état de nature ressemble trait pour trait à l'homme économique : aplatissement de l'individu (le politique n'est que le reflet du privé/économique). Deux différences avec l'âge d'or classique : (1) l'homme y est d'emblée achevé (pas de perfectibilité) ; tout le problème sera de préserver sa liberté naturelle dans l'état social ; (2) il est un être de besoins et de désirs matériels, un, donc immédiatement parfait. Être libre = libre de satisfaire ses désirs et libre d'avoir les désirs qu'on veut ; idolâtrie du désir ; « désir de désir » ; indétermination radicale ; pas de degrés dans la liberté. La liberté n'est plus obéissance à un devoir (le devoir n'est plus qu'une contrainte) ; elle est indépendance de fait : puissance matérielle sur la nature et indépendance à l'égard des autres. Politique : l'homme étant par nature solitaire, il faut une société artificielle. Souveraineté du peuple : nul n'a par nature le droit de gouverner un autre ; mais le dogme cache la souveraineté de l'individu, la suprématie du moi. Contrat social : convention de ne pas se nuire, fondée sur l'intérêt bien compris et l'habitude (Hume). Les trois caractères de la liberté moderne se retrouvent dans le politique : nature immédiatement déployée ; primat de l'agir ; problème unique = comment empêcher la liberté des autres d'empiéter sur la mienne (→ souveraineté du peuple + contrat social). Conclusion. La nouvelle Minerve Synthèse : liberté ancienne (dualiste, libération, intérieure, sociable, accomplissement de sa nature, primat du connaître) vs liberté moderne (moniste, faire ce qu'on veut, extérieure, insociable, indétermination, primat de l'agir). « La liberté des modernes n'est pas l'achèvement de la liberté des anciens, elle en est tout à la fois la simplification et le contraire. » C'est sur elle que se bâtit la société libérale. DEUXIÈME PARTIE : LES PROPOS DE LA SAGESSE CONTEMPORAINE OU LES VERTUS DE L'ÉCHANGE Chapitre I. Le libéralisme : quelle liberté ? Deux libéralismes logiquement possibles : Dualiste : subordonne la liberté à la libération ; l'homme a une double nature ; l'ordre intérieur précède l'extérieur ; la raison est faculté législatrice. Moniste : l'individu est sa propre loi dès la naissance ; liberté totale, immédiate, irrévocable ; l'individu est « un dieu pour soi », immédiatement parfait ; la raison n'est qu'entendement calculateur, l'autonomie une capacité d'indétermination radicale. Mêmes mots, sens contraires. Le libéralisme contemporain réel est le second : liberté de devenir ce que l'on veut, sans règle préalable. Chapitre II. L'idée libérale Problème : comment une société peut-elle être ordonnée sans fin commune ? (« une finalité sans fin », Kant). L'homme est homo faber ; les ressources sont rares → concurrence inéluctable ; il faut une société où chacun poursuit ses fins sans guerre de tous contre tous. Trois solutions examinées : la solitude (impossible ; la « verdurolâtrie » rousseauiste est contradictoire ; le hippisme singe la frugalité), la contrainte (esclavage, peu sûr), l'échange volontaire. Échange traditionnel (relation parmi d'autres, soumise à des lois supérieures, impliquant le respect d'autrui) vs échange pur moderne (chacun ne songe qu'à son profit, mais tous y trouvent le leur). L'échange pur fonde la sociabilité : « cercle enfin devenu carré », l'entrecroisement des insociabilités produit une sociabilité. Vertus de l'échange : liberté (division du travail, spécialisation, concurrence, émulation ; la liberté de chacun condition du développement de la liberté de tous) ; une seule convention (ne pas user de la violence, « interdit d'interdire », ordre spontané, lois naturelles, personne n'est soumis à la volonté d'un autre) ; industrie = moyen du commerce (l'homme vrai n'est pas homo faber mais homo mercantilis) ; égalité (l'échange suppose et entretient l'égalité ; « le commerce est la profession de gens égaux », Montesquieu) ; vertu mécanique (solidarité de fait, « le crime ne paie pas », justice automatique sans besoin de vertu intérieure) ; fraternité/amitié (complémentarité, reconnaissance mutuelle, « l'humanité est en marche vers la société générale du genre humain »). Bilan : l'échange serait à l'origine de la liberté, de l'égalité, de la fraternité et de la justice. Chapitre III. Prosopopée des sociétés libérales Les sociétés libérales répondent aux accusations de matérialisme, consumérisme, hédonisme, homo œconomicus. Elles ont libéré l'homme de la « nature marâtre » (faim, froid, souffrance) ; « la libération de l'homme est un tout ». Critique des « verdurolâtres » : les besoins sont subjectifs ; nul ne peut définir les besoins d'autrui sans tyrannie ; la société de consommation satisfait des besoins permanents par des moyens nouveaux (se déplacent les moyens, non les désirs). Les richesses permettent les fins les plus nobles (monuments, contemplation) ; l'abondance libère du souci de survie. Elles ne sont pas matérialistes mais relativistes et sceptiques : toutes les fins se valent, chacun est souverain ; peur de la vérité, qui engendre le fanatisme. L'économie : toute action humaine est « économique » au sens profond (calcul rationnel) ; les sociétés libérales sont des sociétés rationalisées, non matérialistes ; le marché donne un prix aux choses et permet le calcul précis ; la monnaie est un moyen d'évaluation ; le profit un indicateur des désirs ; la propriété privée une condition de gestion rationnelle. Conclusion : « Notre dieu n'est pas l'or ; c'est la raison » — mais la raison calculante, qui n'entend plus légiférer sur les fins. Vrais penchants : relativisme, subjectivisme, rationalisme. TROISIÈME PARTIE : LES PROPOS D'UN INSENSÉ, OU LES DILEMMES DE L'ÉCHANGE Chapitre I. La clef de voûte libérale : « Il mondo va da se » Dogme/espérance du libéralisme : moins on pense la machine sociale, mieux elle fonctionne ; laisser faire ; l'ordre naît de l'affrontement ; « main invisible » ; lois naturelles de l'économie. Nécessité logique : puisque personne n'est fait pour commander et qu'aucune doctrine ne donne le droit de le faire, il faut que les choses aillent d'elles-mêmes, ou que certains règnent par la force. Il faut persuader les hommes que l'ordre naturel ne permet pas d'espérer plus, sinon ils soupçonnent le despotisme. Dernière phrase : « Il reste à savoir si les choses vont bien en effet d'elles-mêmes. » Chapitre II. Le libéralisme et la fraternité, ou de l'insociable sociabilité de nos contemporains L'échange moderne : ce qu'on aime, ce n'est pas le lien avec autrui, c'est de s'unir à tous en n'obéissant qu'à soi ; chacun ne cherche qu'à s'aider soi-même ; « chacun pour soi » ; la pitié (Rousseau) est un amour de soi déguisé. L'échange suppose l'égalité, mais les inégalités persistent et se renouvellent. L'explication courante (« ils travaillent plus ») est fallacieuse : la richesse vient de l'échange, je ne peux gagner que si l'autre gagne ; l'inégalité est donc inexplicable, et par là scandaleuse. L'inégalité est pourtant engendrée par l'échange : chacun cherche des positions de force sur le marché ; la richesse générale a pour cause directe l'inégalité ; « il y a toujours quelqu'un à faire les frais d'un progrès » ; la concurrence est une « guerre librement consentie ». Conséquence : le risque est constant que l'échange laisse un goût d'amertume et d'injustice ; on tend à le percevoir comme un jeu à somme nulle ; toute inégalité excessive paraît scandaleuse ; la richesse est collective (division du travail), il est donc intolérable que le travail de l'un fasse la richesse de l'autre. Confiance impossible : on ne fait confiance qu'à celui qu'on imagine bienveillant ; or l'homme qui n'échange que pour gagner n'est pas bienveillant. L'intérêt ne suffit pas : avec l'anneau de Gygès (l'impunité), l'intérêt commande de ne pas respecter autrui. La société fondée sur l'intérêt est « une création continuée », une suite de miracles. Alternative finale : ou la société dépend entièrement de la volonté (donc révocable, non naturelle), ou il existe une forme de société naturelle qui préexiste et donne vie à la convention. Chapitre III. Le libéralisme, l'égalité et la justice sociale L'échange suppose et entretient l'égalité ; mais les inégalités existent et se renouvellent. Explication courante (travail, épargne) : fallacieuse, car la richesse vient de l'échange ; l'enrichissement d'un homme suppose le travail de tous et leur enrichissement simultané. Les économistes invoquent la demande subjective : l'inégalité est alors consubstantielle à la nature des choses et non justifiée par le mérite (rente de situation) → l'échange est vécu comme injuste. L'inégalité est pourtant nécessaire au progrès : la richesse générale est proportionnelle aux inégalités ; « il y a toujours quelqu'un à faire les frais d'un progrès » ; le succès individuel s'acquiert au prix d'une inégalité. Conséquence : risque constant du sentiment d'injustice ; l'échange perçu comme jeu à somme nulle ; la richesse étant collective, il est intolérable que le travail de l'un fasse la richesse de l'autre. Si le libéralisme ne peut prouver la justice de l'échange, son fondement s'anéantit ; sinon, la « justice sociale » (redistribution démagogique) tuera le goût du travail. D'où l'alternative : « l'égalité dans la pénurie, ou l'inégalité dans l'accroissement constant de l'aisance ». Chapitre IV. Le libéralisme et la prospérité Le libéralisme a besoin de la croissance continue pour faire accepter l'inégalité présente au nom de l'égalité future. Or il dresse lui-même trois obstacles : 1) Le travail n'est pas motivé que par l'attrait de la richesse : nécessité (survie), fierté du métier (l'artisan), devoir familial (le patrimoine, la transmission, « s'éterniser »). La civilisation libérale affaiblit ces trois motivations : l'échange à long terme est aléatoire → on travaille pour le lendemain, la famille se resserre ; la production de masse rend le produit peu individualisé → plus de fierté ouvrière possible ; l'échange habitue à songer d'abord à soi → civilisation du plaisir et du loisir ; la richesse étant collective, s'installe un « collectivisme spontané » qui déresponsabilise et rend revendicatif. Conséquence : pente naturelle vers la redistribution au nom de la justice → découragement du travail → pénurie. Chapitre V. Le libéralisme et la liberté Question centrale : comment civiliser la liberté naturelle (la transformer en liberté civile) sans abolir l'échange qui la suppose ? L'échange civilise la liberté, mais son ressort demeure l'intérêt ; les règles ne sont observées que par crainte de la réciproque. Trois réponses insatisfaisantes : L'habitude (Tocqueville, Montesquieu, Kant, Hume) : on voit mal pourquoi la liberté naturelle se modérerait d'elle-même ; la sympathie humienne est un amour de soi déguisé. Le règne de la loi : pis-aller ; inflation législative, perte de généralité ; la loi ne vaut que soutenue par les mœurs. Un pouvoir menaçant pour les libertés naturelles et tutélaire pour les libertés civiles : deux écoles — le pouvoir fort (Hobbes : soumission universelle à une autorité, monopole de la violence légitime, pouvoir limité à la sécurité) ou la démocratie égalitaire (Rousseau : aliénation totale de chacun à la communauté ; l'égalité n'est que le moyen de la réciprocité, non une fin). La logique de la souveraineté populaire mène à la multiplication des lois, à la participation constante (abolition de la distinction vie privée/vie publique) et à l'interdépendance conçue comme liberté → « esclavage réciproque ». Marx lui-même : l'appropriation collective = appropriation de chacun par tous → dépendance réciproque appelée liberté. Signes contemporains : extension du salariat (Aristote, Kant, Marx : le salarié est un esclave ; or nos siècles l'adorent) ; division du travail poussée → dépendance généralisée → salarialisation de tous → l'indépendance prend la forme de l'interdépendance. Alternative finale : « l'inégalité dans la croissance ou l'égalité dans la pénurie, la liberté dans l'inégalité ou l'égalité dans la servitude réciproque ».
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QUATRIÈME PARTIE : LES PROPOS D'UN INSENSÉ (suite), OU L'ARBITRE TRICHE TOUJOURS Chapitre I. Le libéralisme et le pouvoir de l'homme sur l'homme Le libéralisme est né de l'invention de la distinction homme naturel / homme social : il faut transformer le sauvage en citoyen sans qu'il perde sa liberté. La liberté naturelle est sauvage mais n'est pas un vice ; les limites qu'on lui impose sont un artifice fâcheux mais nécessaire. D'où une hostilité au fait politique (domination de certains sur d'autres) et l'espoir que tout marche tout seul (« il mondo va da se »). Le libéralisme privilégie les lois économiques (impersonnelles, comme les lois naturelles) : la société de marché est la forme la plus compatible avec la liberté naturelle ; « main invisible ». Mais les hommes savent tourner les lois ; l'intérêt peut conduire au monopole et à la tromperie. « Il n'y a pas moyen de faire que les choses humaines aillent d'elles-mêmes. » Il faut donc une doctrine politique : arbitre, lois, sécurité — un pouvoir limité, impersonnel (la loi), un État de droit, un arbitre indifférent. Reste à savoir comment garantir que l'arbitre sera juste et désintéressé. Chapitre II. Libéralisme et démocratie Difficulté : qui détiendra le pouvoir ? Comme on ne peut faire confiance à personne, il faut que tous le détiennent → souveraineté populaire (Constant : « il n'existe au monde que deux pouvoirs, l'un illégitime, c'est la force ; l'autre légitime, c'est la volonté générale »). La souveraineté populaire cache la subjectivité individuelle triomphante : si l'homme est un être de désirs, chacun est seul juge de son plaisir → souveraineté du sujet. Ce n'est pas le souci de la liberté qui suscite la souveraineté, mais l'incapacité de résister au plaisir. Mais le libéralisme se méfie de la souveraineté populaire : ma souveraineté n'a de sens que si autrui ne peut exercer la sienne sur moi → égalité → aliénation totale (Rousseau) → le pouvoir souverain doit devenir total pour me protéger. Le peuple n'est jamais unanime ; sa volonté doit être exécutée par un homme ou quelques-uns → tyrannie légitime et absolue. La souveraineté populaire mène à la tyrannie de tous sur tous (démocraties populaires). Contradiction du libéralisme : il ne peut pas ne pas être démocrate, mais il ne peut pas ne pas s'en effrayer (Constant, Montesquieu, Tocqueville cités contre la toute-puissance de la majorité). D'où la mauvaise conscience du libéral, sa mollesse à condamner ses ennemis et sa vigueur contre ses alliés. Chapitre III. De la légitimité du pouvoir de la majorité Le libéral se console de la contradiction en pensant la société comme une société d'intérêts particuliers : laisser chaque intérêt composer avec son voisin (compromis, contrat) ; l'intérêt général est « la transaction qui s'opère entre les intérêts particuliers » (Constant). Les regroupements d'intérêts produisent majorité et minorités ; le gouvernement majoritaire est censé écarter le despotisme d'un seul et la tyrannie de quelques-uns, et la majorité, se sachant majorité, ne se croirait pas souveraine absolue. Le libéral défend ouvertement les intérêts (Constant, fédéralistes américains) : mieux vaut un propriétaire qui a quelque chose à défendre qu'un incorruptible ; la tolérance est fille de l'amour de soi. Deux difficultés : (1) le dogme de la souveraineté populaire supposait l'unanimité, que le principe majoritaire exclut → pourquoi obéir à la majorité ? (2) la majorité respectera-t-elle ma liberté ? Réponse : le gouvernement majoritaire n'est pas légitime et ne peut jamais l'être ; c'est le gouvernement de tous par une coalition d'intérêts ; le nombre ne transfigure pas la nature de l'intérêt ; toutes les majorités avouent leur illégitimité en reconnaissant aux minorités le droit de prendre leur place ; leur légitimité se réduit à la force. Pas de raison supérieure : ou bien il y a une vérité politique (alors le nombre n'y fait rien), ou bien il n'y en a pas (toutes les opinions se valent ; la somme des erreurs ne fait pas une vérité ; le prestige de la majorité se réduit au nombre = force). Légitimité de fait, non de droit : une majorité n'est tolérable que si la société est homogène et la distance majorité/minorités faible ; sinon, tyrannie, guerre civile, ou homogénéisation forcée (totalitarisme). Chapitre IV. De l'arbitraire de la majorité Un pouvoir non respecté use de la force ; une majorité déconsidérée devient violente ; l'État est « aux enchères » ; la majorité sert ses intérêts, se croit investie de la volonté du peuple et impose son intérêt comme celui de tous. Remèdes libéraux : faire comme si la majorité était un arbitre désintéressé, faire que les passions se neutralisent. Trois espèces de remèdes : 1) La séparation et l'équilibre des pouvoirs (Montesquieu : « le pouvoir arrête le pouvoir » ; décentralisation, fédéralisme, constitution) : mais cela ne fonctionne que si les pouvoirs sont élus par des corps différents, donc si le corps social est hétérogène — ce qui est contraire au principe libéral d'égalité. La séparation des pouvoirs ne peut donc être qu'apparente. 2) Les libertés civiles (presse, association) comme remparts : mais elles ne servent qu'à changer de majorité, non à éduquer celle en place ; rien ne garantit que la nouvelle se comporte mieux. 3) Le recours aux mœurs, au cœur, à la raison, à Dieu (Locke : citoyen chrétien ; Montesquieu : lois éternelles ; Kant : ruse de l'histoire ; Constant : principes éternels ; Tocqueville : souveraineté du genre humain) : mais on ne peut en appeler à Dieu quand on déifie l'individu, et la pratique ne suffit pas. La révolte ? Au nom de quoi ? La majorité représente le peuple ; se révolter, c'est se révolter contre soi-même ; Tocqueville : « il faut donc vous y soumettre ». Hobbes : pour garantir un arbitre désintéressé, donner tout le pouvoir à un homme dont le sort est lié à celui de la cité (monarque absolu et contractuel). Mais Kant : tout homme abuse de la liberté s'il n'a personne au-dessus de lui ; la toute-puissance ne donne pas l'idée du bien commun. Chapitre V. Les difficultés du système représentatif Contradiction : si l'individu est seul juge de ce qui est bon pour lui, comment peut-il remettre le soin de décider à un autre ? Rousseau horrifié par la délégation de volonté ; Proudhon : « je veux traiter moi-même ». Mill invoque les circonstances (taille des sociétés). L'élection doit être une sélection des meilleurs — mais comment des électeurs incapables discerneraient-ils les capacités qu'ils n'ont pas ? Tocqueville : « ceux qui regardent le mode universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète ». Trois hypothèses : le système est absurde ; ou l'électeur vote pour ceux qui lui ressemblent ; ou l'élection est une procédure de légitimation avec manipulations tacitement admises. Les partis : agrégation des intérêts ; le suffrage universel suppose l'égalité des voix → aucun titre spécial à gouverner → trois réponses à « au nom de quoi se présenter ? » : la force des choses, le hasard, le parti (machine électorale). Les vrais maîtres sont occultes : « une tyrannie ». Les élus : le système favorise les vices opposés aux qualités de l'homme d'État (sens du bien commun, intelligence des circonstances, art de commander, sens de la responsabilité) → médiocrité au pouvoir (Tocqueville) ; les machines choisissent le plus neutre, le plus fade ; aucune compétence requise ; discipline du parti ; les leaders du parti deviennent les seuls vrais citoyens. L'électeur isolé n'a aucun pouvoir sur le parti ; le corps électoral ne sort de sa léthargie que pour désigner ses maîtres : « la démocratie est une comédie ». Irresponsabilité des représentants (plus de reddition de comptes comme dans l'Antiquité) ; corruption encouragée par le financement des machines ; les hommes politiques ont leur fortune à faire. Remèdes : représentation proportionnelle (plus conforme à l'esprit libéral), ou pouvoir héréditaire au-dessus des élus (monarque constitutionnel). Chapitre VI. Le libéralisme et le monde Le libéralisme veut étendre l'échange à l'infini ; libre-échange = paix ; protectionnisme = gangrène ; les nations sont comme des individus. Mais les deux tiers de l'humanité sont méfiants ou hostiles ; les nations non industrialisées se voient comme victimes ; le monde communiste est hostile ; les démocraties libérales sont incapables de séduire et de se défendre. Cause : le libéralisme suscite entre nations les mêmes sentiments qu'entre individus. Le libre-échange fait des victimes (élimination des moins efficaces) au nom de l'intérêt général de l'humanité → nationalisme étroit, protectionnisme confondu avec patriotisme. Pays en développement : le commerce est intéressé par nature ; les échanges sont inégaux (peu à offrir, beaucoup à demander) ; tentation de prendre l'effet pour la cause → nationalisme et révolution ; le marxisme explique la pauvreté par la richesse d'autrui, le libéralisme par la médiocrité du pauvre. Faiblesse du libéralisme : il engendre des inégalités, ne peut ni les justifier ni les condamner (elles résultent de la liberté) ; il promet leur disparition ; il ne comprend pas qu'on préfère l'égalité immédiate ; il encourage à croire que les inégalités sont dues à la mauvaise volonté d'autrui ; il se trompe d'ennemi ; la paresse est son auxiliaire ; ses principes n'encouragent pas l'héroïsme : « pourquoi mourir pour défendre ce qui n'a de sens que si l'on vit ? ». CINQUIÈME PARTIE : LES PROPOS D'UN INSENSÉ (fin), OU L'ESPÉRANCE EST UNE VERTU Chapitre I. De la question politique principale La question principale : comment faire confiance à ceux qui nous gouvernent ? On ne peut exiger d'eux l'infaillibilité ; dès qu'on leur donne droit à l'erreur, on doute de leur bonne foi → polémiques stériles et soupçon réciproque. Toutes les combinaisons institutionnelles sont invalidées : on peut toujours tenir la mesure prise pour imparfaite ; « tout semble se faire par force, et rien n'a l'air de se faire par raison ». Il n'est de paix possible qu'entre hommes de bonne volonté ; sinon, le gouvernement n'est que domination et la société que l'organisation de la lutte. Il faut restaurer la confiance et l'amitié ; la compétence ne suffit pas, elle doit être validée par la confiance. Chapitre II. Du fondement de la confiance entre concitoyens La confiance suppose que les lois paraissent respectables, c'est-à-dire : (1) qu'elles aient en elles-mêmes quelque chose qui provoque un respect inconditionnel (transcendance) ; (2) que chacun soit sûr qu'autrui est naturellement porté à les respecter même seul (obligation, autonomie). La confiance est proportionnelle au caractère sacré et absolu des engagements ; une société est fragile quand les liens sont révocables à volonté. Double nécessité : transcendance et incarnation. Il faut une loi qui soit la même pour tous, plus que le produit de leur volonté, et conforme à leur nature, dont ils soient les auteurs : « un dieu caché au sein de chacun ». Cette loi ne peut être l'humanité générique ou moyenne (sinon la société n'est qu'un artifice provisoire) ; il faut que l'humanité en moi participe d'une réalité suprême, transcendante et pourtant immanente → chaque homme participe d'une réalité suprême, sa vraie nature ; il est capable de vérité. La personnalité est la manière unique dont la vérité s'incarne en un individu : ni singularité absolue (démence, insociabilité), ni pur universel (indiscernables). Chaque homme réfracte à sa manière — donc de manière inégale — une même transcendance. Condition de possibilité de la société : que les hommes se conçoivent réciproquement comme des êtres pensants ; le sens moral (honneur, humilité, intériorité, dignité, responsabilité, autonomie) est la condition première de la sociabilité. La liberté comme autonomie (obéissance à ce qui est digne d'obéissance) est le fondement de la société ; la société disparaît quand la norme vient seulement d'autrui. Hayek cité et approuvé : il faut un « deuxième héritage » — croyance en la propriété, l'honnêteté, la famille (« vérités symboliques ») ; « notre vie doit être guidée non par la seule raison, mais par la raison et la morale, en partenaires égaux ». Mais reste à savoir si le libéralisme ne conduit pas lui-même à contester sans cesse cette norme. Postface Propositions concrètes des deux auteurs : Loi suprême inscrite dans un préambule constitutionnel : finalités du régime, principes moraux et politiques, libertés fondamentales ; supérieure au pouvoir souverain. Cour suprême renforcée : saisine par un groupe important de citoyens ; membres choisis pour leurs vertus (modération, rigueur morale, sens de l'honneur et de l'État) ; contrôle des référendums. Consultations électorales : mandats brefs et espacés (5 ans non renouvelable ou 4 ans renouvelable une fois ; 4 ans pour l'Assemblée) ; Sénat doté de pouvoirs législatifs identiques, renouvelé par tiers ; scrutin proportionnel au moins pour une large part ; vote à deux voix (nationale/parti et locale) ; révision constitutionnelle à majorité qualifiée. Représentation des groupes de pression : sénateurs supplémentaires représentant les groupes culturels, économiques et sociaux ; droits de vote spécifiques pour chaque citoyen. Référendum élargi : à la demande d'une fraction importante de la population, avec contrôle de la Cour suprême. Provinces dotées d'une large autonomie (culturelle, financière, économique, sociale) ; répartition des services publics et des ressources (exemple de l'Éducation nationale). Groupes révolutionnaires et non loyalistes : en principe exclus des assemblées et du gouvernement, mais tolérés en fait s'ils sont sans danger.
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« Il n’existe pas de sujet ontologiquement opposé “en soi” au capitalisme, auquel il serait simplement soumis d’une façon extérieure. S’il en était ainsi, il suffirait que ce sujet prenne conscience de sa situation pour devenir aussi “pour soi” un sujet anticapitaliste, de façon que son déploiement coïncide avec la ruine du capitalisme. Mais dans le capitalisme, il ne peut exister qu’un seul sujet : le “sujet automate” qu’il faudrait abolir, non développer. » « Aujourd’hui, chez la plupart des marxistes il n’est plus de mise de voir dans le prolétariat, au sens de travailleurs d’usines, le sujet qui opérera la sortie du capitalisme. Mais très souvent, déjà à partir des années 1960, on a simplement mis quelques autres prétendants sur le trône vacant du sujet révolutionnaire, sans changer en rien la structure du discours. » « On aura compris que le discours développé ici est bien loin de la recherche d’un “sujet révolutionnaire” au sens classique, ou de tout sujet se situant à l’extérieur de la logique capitaliste, n’y participant que parce qu’il est forcé et/ou manipulé, et qui, dans son noyau, reste indemne vis-à-vis de cette logique et porte donc en lui le potentiel d’un monde non capitaliste. » « Opposer le “un pour cent” aux 99 % de la population restants est une aberration. » « Le stade final du capitalisme ne se caractérise pas par l’existence d’un prolétariat toujours plus grand et plus révolutionnaire ; aussi parce que la diminution du capital variable fait perdre de son importance au travail salarié et donc au prolétariat classique. Ce stade se caractérise, au contraire, par le nombre réduit de personnes qu’il vaut la peine d’exploiter. » « Non pas une armée grandissante de prolétaires, mais une humanité superflue : voilà le stade final du capitalisme, auquel la nécessité continuelle de créer de la plus-value l’a conduit. » « La quasi-disparition du prolétariat industriel a mis en difficulté autant le capitalisme que le marxisme traditionnel, et maintenant c’est leur cadre commun qui vacille. La véritable crise du capitalisme est déjà en acte, mais les derniers marxistes ne savent pas la reconnaître, parce que la disparition du prolétariat signifie la fin de leur monde de référence. » « On porte souvent trop d’attention à la forme de la contestation (violence/non-violence, etc.) au lieu de s’intéresser à son contenu. » « Même les révoltes dans les banlieues pauvres des grandes villes françaises, anglaises et nord-américaines ont de plus en plus perdu leur caractère politique et se réduisent parfois à de simples défoulements de rage. » « Le ressentiment, en tant que quintessence du narcissisme, est une émotion spécifique de la société marchande. […] parce que la valeur opère partout cette reductio ad unum, cette annihilation des particularités concrètes du monde. » « La rage de ces “déchets” humains peut prendre des traits barbares, fort éloignés des “luttes de classe” d’antan, centrées sur des “intérêts”. » « Les tenants de l’émancipation sociale doivent urgemment dépasser la simple indignation contre les tares du présent – qui est souvent le masque d’une nostalgie pour des stades antérieurs du capitalisme – et prendre acte d’une véritable “mutation anthropologique” ayant tous les atours d’une dynamique régressive. » Anselm Jappe
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